Ou quand l'Olympique de Marseille défie le Racing Club Toulon sur ces terres dans un match mi-foot, mi-rugby. Un drôle de mélange, assurément.
"Merci à tous pour votre soutien" : tandis qu'un speaker à la chevelure grisonnante n'en finit plus de remercier les spectateurs pour leur générosité envers l'association Un sourire, un espoir pour la vie de l'ami Pascal Olmeta (ex-Marseille, Lyon et... Toulon, notamment), ce bel homme d'Eric Cantona, invité, arbitre et néo-rugbyman de prestige, sert quelques dernières paluches, risette aux lèvres : il a passé un agréable fin d'après-midi ensoleillée, en ce mercredi 17 juillet. Récit illustré d'une rencontre en foot et ovalie.
Prologue détente
Dès 17h, les joueurs de l'OM foulent le (joli) gazon du stade Félix Mayol pour une séquence d'une quarantaine de minutes qui ressemble moins à un réel échauffement qu'à une séance de petites passes entre camarades profitant d'être réunis pour toucher un peu du ballonnet. Certains privilégiés s'installent au balcon pour profiter du spectacle gratos, et alors que l'enceinte se remplit gentillement, d'imposants bonhommes tout de noir vêtu apparaissent à leur tour. Puissantes acclamations : ce sont les Toulonnais, champions d'Europe en titre, qui enchaînent rapidement les petites courses de réveil musculaire.
Animateur télé ovationné
Si peu de monde en touche réellement une, il en est un qui sort incontestablement du lot : Mathieu Valbuena, l'offensif rikiki de l'OM (dans le viseur du FC Barcelone, eh oui), qui semble en discussion poilante avec l'animateur vedette d'Attention à la marche et des Douze coups de midi, Jean-Luc Reichmann. Avec quelques instants de retard sur l'horaire, le speaker signale le commencement imminant de la partie. Moment choisi par l'employé de la chaîne privée pour faire le gros lourd et l'apostropher en pleine prise de parole. Une annonce importante ? "Sahez que Jean Luc vous embrasse bien fort !" Ah, merci bien. En quittant le terrain, ce dernier passe devant la Tribune Finale et en reçoit... une ovation. Pour oser être le seul à s'habiller long sous 35 degrés ? En tout cas, il est grand temps que le sport prenne le dessus.
King et Pilou-Pilou
A l'entrée des sportifs, une surprise de style : le referee de cette mi-temps foot, l'icône des cols relevés, le poilu Eric Cantona se promène dans une tenus mauve et verte au bon goût plutôt douteux. Les flashs crépitent, les retardataires prennent place et les habitués se chauffent la voix : c'est l'heure du fameux cri de guerre toulonnais, le Pilou-Pilou. Surprenant. AAAAARRRGGGHHHH reprennent en choeur les spectateurs avertis.
Foot spectacle
La rencontre débute à peine que le petit Abergel ouvre le score pour l'OM. Les Toulonnais font tourner l'effectif, les Olympiens leur font tourner la tête. En parlant de caboche, revoilà Valbuena : il fait son apparition couvert d'un... casque de rugbyman ! Le public apprécie. Et ça part en cacahuète. Cheyrou, Gignac et Petit Vélo changent de camp, Mandanda prend place en pointe (il trouvera même le chemin des filets, malgré un vis-à-vis en état de grâce), l'arbitrage du King laisse à désirer mais, surtout, un léger déséquilibre d'ordre quantitatif va compliquer la tâche des (vrais) footeux, qui se retrouvent à onze contre douze, treize voire quatorze adversaires, selon les envies. Outre cet avantage, non négligeable, ceux-ci jouissent également d'une certaine clémence en matière de hors-jeu. Tout ceci, et peut-être d'autres choses encore, permettent au score de garder des allures relativement rationnelles : 5-4 en faveur des hommes d'Elie Baup. Le marquoir affichera même 6-4 par erreur, un but étant honteusement invalidé suite à un hand totalement chimérique.
"Quand on a que l'amour"
A la pause, les gosiers d'hydratent. Tout sourire et désireux d'apprendre quelques rudiments d'un sport qui n'est pas leur, les Marseillais se massent autour de Christophe Manouvrier, le préparateur physique, et Marc Lièvremont (ex-XV de France qui pose -presque- nu sur le Net), arbitre de l'acte ovale. Aux deux extrémités du terrain s'élèvent des poteaux remplaçant les installations footballistiques. Dans le rond central, une jeune demoiselle, atteinte de mucovisidose, interprète d'une voix très douce un trio de mélodies populaires, en compagnie de deux acolytes. Seule, elle termine par un hit indémodable de l'ami Jacques Brel. Quand on a que l'amour, pour tracer un chemin, et forcer le destin...

Au rugby, l'OM arrache le nul
Après cet intermède musical, le jeu peut reprendre. André-Pierre Gignac se sape en noir et n'attend pas le coup d'envoi pour s'en aller inscrire un premier essai ! Les gens autour de nous semblent se demander qui est ce gars affuté qui empile ensuite les points en faveur de leur team. Qu'importe, le panneau d'affichage s'anime régulièrement, grâce aux performances de l'international togolais Romao dans l'autre camp. Sur le bord, Eric Cantona change de tenue et fait son entrée, côté rubymen, sous les applaudissements de la foule. On ne le verra pas en compagnie de la balle ovale jusqu'au climax de cette quarantaine de minutes : un essai transformé sur la latte par l'acteur vedette de Looking for Eric (une preuve ? Vidéo ici). Pendant ce temps, Diawara remonte son short. Se moquerait-il des tenues locales ? Deux mêlées, une Ola et un pilou-pilou plus tard, Lièvremont sonne la fin de la récréation sur le score arrangé de 31-31. Le Félix Mayol se vide rapidement : 13 000 personnes, ça fout le bordel sur la chaussée. Surtout si le car de l'OM s'y met.

/image%2F1010500%2F20150118%2Fob_ebde53_vacances-066.jpg)