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hv.jpgEn Europe Occidentale, nous connaissons principalement, comme organisation de supporters, les Ultras. Ultras Inferno, Storm Ultras, Fighters, Irriducibli, derrière tous ces noms se cachent une envie commune : animer les gradins, dès l'avant-match, souvent à l'aide d'animations ou de tifos assez impressionnants. D'inspiration italienne et sud-américaine, ces groupes exercent peu d'activités hors football. Ce qui n'est pas le cas partout. Je vous propose de découvrir ce qui se passe en Argentine, où les barras bravas font partie intégrante de la société. Et sont à la tête d'un énorme business.

 

Qui sont-ils ?

Habillés aux couleurs de leur club favoris, agitant drapeaux et chantant à la gloire de leur équipe, les barras bravas (« bande sauvage » en français) ressemblent à première vue au groupe de fans le plus banal. Pourtant, qu'ils soient pour Boca Junior, River Plate ou l'Atletico Independiente, capables de faire pression dur les dirigeants de club, de leurs activités sont plus nombreuses, plus variées, et mieux rémunérées. Explications...

 

Domaine footballistique

En effet, dès avant la rencontre, ces dingos de Diego sont présents aux abords du stade, historie de réguler le système de parcage et d'en tirer environ 500 000 pesos (87 000€) par mois (comptez 30 pesos la voiture). En plus de la vente de produits dérivés de contrefaçon, mais aussi de boissons, la revente de tickets leur permet de percevoir des revenus non négligeables, plusieurs dizaines de milliers d'euros par mois. Rentrées d'argent ensuite réparties en une dizaine de personnes tout au plus. La Doce de Boca, les barras de Boca Junior, malins comme tout, ont eux trouvé un moyen supplémentaire d'en amasser encore plus : les Adrenalina Tours. En gros, l'occasion pour les touristes étrangers de passer une agréable journée en leur compagnie, avec goûter traditionnel, places sécurisées au match, et achats de produits dérivés. Signalons encore dans ce « domaine footballistique », ces fêtes organisées lors des déplacements de l'équipe. Fêtes auxquelles participent plusieurs centaines de personnes, ainsi qu'une personnalité du club. Naturellement, ces businessmen bronzés ne perdent pas le Nord : l'entrée est fixée à 50 pesos (8.70€).

 

Malgré toutes ces rentrées financières, ces gros nounours rackettent régulièrement leurs propres joueurs, histoire d'obtenir amicalement des places gratuites ou des équipements qui seront ensuite revendus à la sauvette.

 

Domaine politique

Vient alors le domaine politique. Celui qui gêne un peu plus. De fait, les hommes politiques, Kirchner en tête, n'hésitent pas à utiliser l'énorme influence des barras bravas a des fins personnelles. Ceux-ci sont dès lors présents aux meetings politiques pour mettre l'ambiance et motiver les foules, leurs qualités premières, après tout. Bénéficiant de la protection des politiques, ils n'ont cependant aucun scrupule à passer dans le camp adverse en deux poignées de main et avec l'aide de quelques paquets de billets : une nouvelle fois, l'argent prime. Ces profiteurs à la casquette Adidas n'appartiennent pas à un parti, et ne sont pas là pour mener la Révolution. Les barras bravas ne sont pas un antisystème, mais font partie intégrante de celui-ci.

 

L'exemple de la gambade Sud-Africaine

Lorsqu'en 2010, plusieurs centaines de supporters argentins se présentent en Afrique du Sud, c'est avec le strict minimum : des vêtements et des couteaux. Pas plus d'argent que de ticket pour assister aux matchs. Mais don't worry : les logements seront obtenus en temps voulu, les places grattées aux joueurs de San Diego, et la nourriture importée directement du pays. Cadeau d'entreprises privées. Et la politique là-dedans ? Nous y arrivons. Ces fameux zozos, quand ils ne chassent pas les supporters adverses pour leur voler leurs drapeaux, veillent à appliquer la consigne générale : faire de la propagande progouvernementale. Après tout, l'Etat leur offre en outre de nombreux jobs, alors pourquoi pas... Banderoles et drapeaux en l'honneur de Kirchner les accompagnent donc (presque) partout.

Malheureusement, et peut-être pour rappeler qu'ils ne sont finalement pas QUE des pantins politiques, les barras bravas ont quitté l'Afrique avec un mort sur la conscience : Luis Forlenza, décédé quelques heures après l'élimination de l'Argentine contre l'Allemagne.

 

Lueur d'espoir à Buenos Aires ?

Depuis décembre 2011, un embryon d'espoir est né dans les entrailles du Stade Libertadores de America, fief de l'Atletico Independiente, dans la banlieue de Buenos Aires. C'est à cette époque que Javier Cantero, ancien homme politique, devient président du club et se fixe comme objectif majeur la suppression de la violence dans son stade. De très nombreux fans se sont rangés de son côté, lui rendant hommage à la moindre occasion. Même si le nombre de hooligans présents au stade semble en régression, il sait cependant que la route reste longue et sinueuse pour dissoudre ces groupes de gens plutôt vénères. Mais au moins, ça bouge (un peu). Le changement, c'est peut-être dans pas si longtemps que ça, en fait.

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